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10/08/2010

Arcade Fire va remettre le feu

arcade fire.jpgAvec The Suburbs , Arcade Fire revient à ses racines. Funeral , le premier album du groupe américano-canadien, avait eu un effet séismique lors de sa sortie, se classant dans le top 10 de nombreux magazines. Les années passant, cet album s’impose incontestablement comme l’un des meilleurs opus de ce nouveau… siècle. Avec Neon Bible , toutefois, Arcade Fire, sans démériter, avait quelque peu déçu, ce deuxième album manquant un peu de lyrisme, de profondeur. Que des qualificatifs que l’on retrouve avec The Suburbs qui allie aussi diversité et inventivité. Régine Chassagne, la francophone du groupe, nous parle de ce troisième album.


L’album dure 1 h 04. Vous avez été généreux ?
(Rires) “Oui, on a passé beaucoup de temps. Cela fait deux ans, je pense, qu’on a terminé notre tournée avec Neon Bible. Il restait beaucoup d’expérience accumulée.”

Vous avez mis tout ce que vous aviez en magasin ou vous avez opéré une sévère sélection ?
“En plus de ça, j’ai à peu près cinquante chansons dans ma tête. C’est quand même assez naturel comme processus. Dès qu’on est à la maison et qu’on a un peu de répit, on écrit des chansons.”

Vous avez votre propre studio. C’est plus facile pour directement les enregistrer, les conserver, traduire ce que vous avez dans votre tête ?
“Oui, mais on a passé beaucoup de temps avec les chansons en tête. Quand on nous a demandé les paroles pour le livret, tout était encore dans notre tête. Parfois, on oublie, c’est comme toujours avec nous.”

Vous n’êtes plus un jeune groupe. Le troisième album, c’est celui de la maturité ?
“Je ne sais pas. Moi, je continue à regarder vers l’avant.”

Le processus fut-il assez naturel pour le choix des chansons car il y a des titres aux sonorités très différentes. Il peut y avoir un côté électro ou rock, mais un rock plus brut ?
“L’instrumentation est toujours dictée par l’esprit de la chanson. Certaines chansons demandaient cette instrumentation, alors on y est allé à fond. Ce fut la même chose pour l’album passé avec des chansons comme Intervention. Les paroles sont assez lourdes. Alors cela donnait quelque chose de beau et fort et on y est allé avec un orgue d’église. C’est toujours la chanson qui va décider des sons.”

Ce sont les chansons qui définissent la couleur d’un album ou c’est réfléchi avant ?
“C’est plutôt les chansons qu’on accumule. À un certain moment, on a découvert un fil conducteur et on commence alors à les ramasser ensemble. On ne commence pas par un concept. C’est vraiment écrire, écrire, écrire puis on découvre les liens entre les chansons.”

Quel est le fil conducteur cette fois-ci ?
“Il y a beaucoup de références à la banlieue. On a grandi tous deux (avec Win Butler, son compagnon et chanteur du groupe, NdlR) dans une banlieue. Beaucoup de sentiments relatifs à la vie dans un tel contexte. Ce sont des thèmes qu’il faudrait peut-être développer dans la musique rock. Cela nous intéressait parce que c’était quelque chose de vrai. Cela nous intéressait de parler de quelque chose qu’on connaît. On n’a pas besoin de prétendre qu’on a vécu en dessous des ponts mais de trouver de la valeur et de la beauté dans les choses qu’on connaît, qui ne sont pas très glorieuses. Essayer de trouver la vie là-dedans.”

Un mot qui semble super-important chez Arcade Fire, c’est authenticité.
“C’est gentil. Pour moi, il n’y a pas d’autre façon de faire. Je ne fais pas la musique pour le show-biz. Quand j’étais petite, les professeurs demandaient ce qu’on voulait faire. Les autres filles disaient : moi je veux être chanteuse, moi je veux être chanteuse. Moi, je n’osais pas parce que ce n’était pas l’esprit du glamour qui m’intéressait mais l’amour de la musique, de partager la musique.”

C’est facile de garder cette ligne de conduite après le succès incroyable du premier album ? Vous avez vendu des places de concert à des prix astronomiques, collaborer avec des pointures comme David Bowie ou Bruce Springsteen…
“Pour moi, c’est important d’avoir une vie assez normale, j’adore être connectée avec les gens de façon normale et j’espère être capable de le faire le plus longtemps possible. J’espère ne pas être prise dans une bulle médiatique, où tu ne peux plus parler, t’exprimer comme une personne normale, ne plus marcher tranquillement. C’est important d’avoir une vie où je puisse écrire. Sinon, tu vas parler de quoi ? De tes chambres d’hôtel ? Des photographes ? Pour moi, ce n’est pas ça l’intérêt.”

La célébrité a de bons et de mauvais côtés. Les bons, vous avez pu jouer avec ou avant U2, être sur scène avec Springsteen, Bowie. Ça doit faire chaud au cœur, se rendre compte qu’on va dans le bon sens. Cela doit donner confiance de se dire que ce qu’on fait, ce n’est finalement pas si mal.
(rires) “C’est un peu surnaturel d’entendre des compliments comme ça. Moi, je suis très honorée. Je n’en reviens toujours pas que ces gens-là aient pensé à nous. Je leur suis très reconnaissante.”

Vous avez ouvert la voie à beaucoup d’excellents groupes canadiens. En Europe, on a eu un œil neuf sur la scène québécoise que l’on ne connaissait pas bien.
“Wouah, c’est super. Moi j’adore, il y a beaucoup de créativité à Montréal. Là, il y a beaucoup d’artistes et ceux-ci ont un esprit très indépendant. Cela attire les gens qui veulent faire leur propre chose, pas ceux qui veulent se faire découvrir et rentrer dans la grande machine.”

Basile Vellut

11:21 Publié dans Sorties CD | Lien permanent | Commentaires (0)

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