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19/01/2011

Patti Smith, une carte blanche parisienne à cinq temps

patti.jpgSilex de la poésie et du rock en main, Patti Smith ouvre cette semaine au public parisien les portes de son "Domaine privé" pour cinq soirs-sortilèges à la Cité de la Musique et à la Salle Pleyel. Intensité et énergie devraient être les moteurs de ces rendez-vous où l'artiste américaine offrira des déclinaisons de son univers en établissant des ponts entre passé et présent.


En ouverture de cette "carte blanche", un film documentaire et biographique réalisé par Steven Sebring, "Patti Smith Dream of Life" (2008), sera projeté lundi à la Cité de la Musique. Primée au festival de Sundance, cette oeuvre est "très proche de Patti Smith puisque onze ans de sa vie ont été suivis et filmés", rappelle Vincent Anglade, conseiller à la programmation (musiques actuelles), interrogé par l'Associated Press. La diffusion sera suivie d'une rencontre entre l'artiste et les spectateurs.

La prêtresse du punk poursuivra le lendemain par une "soirée de performance" intitulée "Picturing Robert", axée sur la lecture de poèmes et de textes, avec six musiciens invités sur scène. Il s'agira du premier grand temps fort, car "ce qui vient tout de suite très vite avec Patti Smith, c'est le rapport à l'écrit, à la littérature", observe Vincent Anglade.
Le programme reprendra des extraits de "Just Kids", l'autobiographie parue l'an dernier sur sa rencontre déterminante et ses années de bohème avec le photographe Robert Mapplethorpe, décédé en 1989, et de son ouvrage "The Coral Sea".

"Orienté autour de la figure de Mapplethorpe, comme un hommage", la soirée "ne s'interdira pas d'aller au-delà" des deux livres, que ce soit "musicalement en reprenant des chansons de son répertoire ou d'autres textes d'auteurs que Patti Smith affectionne particulièrement". L'artiste a finalement "souhaité ne pas sous-titrer" ce moment pour conserver une "part d'improvisation".

Pour Vincent Anglade, cette soirée "totalement inédite", à la fois par sa forme et le choix des textes, devrait permettre de retrouver "un peu l'énergie de ses premiers concerts où elle déclamait vraiment de la poésie en improvisant sur de la musique" dans les années 1970. "C'est un style de récitation très rythmique, très enlevé, qui se suffit à lui-même", dit-il.

Patti Smith promet un autre rendez-vous rare qui devrait comporter une "vraie prise de risque". La chanteuse aux mots incantatoires convie le public jeudi à une "soirée acoustique" avec sept musiciens, les mêmes que mardi -dont sa fille au piano- et le grand Lenny Kaye, qui l'accompagne depuis ses débuts à la guitare. "Au départ, Patti Smith voulait un peu faire un pied de nez à sa réputation, à ce qu'on connaît d'elle", cette "marraine du punk" qui a "toujours joué avec un gros son électrique", souligne Vincent Anglade. Imaginer un "contexte acoustique l'intéressait" afin de "donner un autre regard à ses chansons".

La carte blanche gagnera la Salle Pleyel vendredi pour "la plus intime" des soirées: un hommage à Allen Ginsberg, ami disparu au printemps 1997, que Patti Smith donnera avec le maître de la musique minimaliste Philip Glass, au piano, et Lenny Kaye, pour échanger, et expliquer sa relation au poète anticonformiste, figure majeure de la Beat Generation. C'est "un peu un objet insolite" que le public des Nuits de Fourvière à Lyon avait découvert en 2009. Mais Patti Smith "est une artiste qui ne refait jamais vraiment deux fois la même chose", remarque Vincent Anglade. "Tout est toujours en constante réinterrogation", "je sais qu'elle souhaite y apporter des changements".

La dernière soirée, samedi, reviendra à la force de ses débuts pour une "nouvelle version" de "Horses", "peut-être le fondement du mythe Patti Smith": son premier album (1975) -produit par John Cale- qui l'a révélée avec cette fameuse photo de Mapplethorpe en couverture, classique de l'imagerie rock, qui fait le lien même avec les soirées précédentes. Entrechoquant héros de littérature (Rimbaud...) et rage du rock, cet album "a gardé toute sa force contestataire", note Vincent Anglade.

Elaboré après un contact noué il y a près d'un an et demi, ce "Domaine Privé" est "beaucoup tourné sur le passé, sur la mélancolie mais cela fait partie de l'univers de Patti Smith", ajoute-t-il. "Je pense que le programme présenté est celui qui la caractérise aujourd'hui" et reflète une "sorte de bilan".

"Je souhaite que cela soit un moment particulier pour moi comme pour le public parisien", a confié Patti Smith dans un entretien paru dans la revue "Cité Musiques" avant ce rendez-vous. "A travers ma musique, mon but a toujours été d'entrer en communication avec le plus de personnes possible".

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