Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

24/01/2011

35 ans après, le mouvement punk reçoit sa consécration

sexpistols.jpgLa musique des Sex Pistols résonne, un peu incongrue, dans une salle de l'austère Villa Médicis à Rome: l'Académie de France présente jusqu'à fin mars à Rome la toute première rétrospective mondiale sur le mouvement punk en tant qu'art visuel.
Aucune exposition ni ouvrage n'avait été jusqu'à présent dédié à la dimension artistique du Punk Rock, qui s'est développé comme contre-culture au Royaume-Uni, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse et en Italie dans la deuxième moitié des années 70.


"Europunk" ambitionne de montrer combien ce mouvement continue d'influencer non seulement la musique mais les arts visuels et la mode, selon Eric de Chassey, directeur de l'Académie de France et commissaire de l'exposition.
Résidence d'artistes depuis 200 ans, la Villa Medicis "a l'habitude que le passé, le présent et le futur soient en permanence liés, une dimension qui existe très fortement dans cette exposition", explique-t-il à l'AFP.
Plus de 500 objets ont été rassemblés: affiches, collages, t-shirts, tracts de concert, articles de journaux ou fanzines, venant de toute l'Europe, souvent réalisés par des anonymes.

Mais aussi des oeuvres célèbres comme le portrait de la reine d'Angleterre les yeux barrés de la mention God Save The Queen créé par Jamie Reid ou le Destroy Shirt de Malcolm McLaren (Sex Pistols) et de la styliste Vivienne Westwood.
"Pour moi, la séparation dans l'histoire de l'Art entre des objets hauts (de niveau artistique élevé, ndlr) et des objets bas n'a pas de sens", souligne M. de Chassey, auteur d'un essai critique dans le catalogue de l'exposition.
Les objets exposés viennent de collections privées et parfois de musées.
Le Suisse Fabrice Stroun, commissaire indépendant, a activement collaboré à la manifestation en allant voir des "acteurs de l'époque qui avaient produit, dessiné, joué dans des groupes". Et puis, "il y a des pays comme l'Angleterre où existe une vraie conscience de l'importance historique (du punk) pour la culture visuelle des 50 dernières années", souligne-t-il.

Europunk s'ouvre par une rare vidéo de la première apparition télévisée des Sex Pistols en 1976 et se conclut avec le premier passage à la BBC de Joy Division en 1979.
Une salle entière est consacrée au collectif français Bazooka, fondé en 1974 par cinq étudiants des Beaux-Arts, connu pour avoir "squatté" les pages du journal Libération.
"C'est amusant de voir ça, 35 ans plus tard. On nous a ignoré très longtemps, nous étions mis à l'écart car on ne rentrait pas dans les moules", commente Bernard Vidal (Bananar), l'un des membres fondateurs.

Olivia Clavel, alias Electric Clito, souligne qu'ils étaient "très marginalisés par rapport aux artistes". "On ne faisait pas beaucoup de concessions de toute façon, on était purs et durs", admet-elle, à propos du refus de Bazooka d'exposer dans des galeries ou musées.
Loulou Picasso (Jean-Louis Dupré) se souvient de la colère des journalistes et photographes lorsqu'ils découvraient Libération complètement remanié dans la nuit par Bazooka. Au point que pour calmer le jeu, Libé leur offrira de financer leur propre revue: Un Regard moderne.
"On était comme un groupe de rock qui fait des choses visuelles. On se sentait très rock. C'était de la musique en dessin et peinture", note Bernard.

Après des années de mépris et dénigrement, justice est rendue à l'art punk mais la reconnaissance arrive trop tard pour Bazooka: tous ont dû trouver un travail. L'illustration pour Bernard, la bande dessinée pour Olivia.
L'exposition fermera ses portes le 20 mars et partira au Mamco de Genève du 8 juin au 18 septembre. Elle devrait être reprise ensuite en France.

Les commentaires sont fermés.