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01/02/2011

"Un disque pour les lopettes”

duvall.jpgJacques Duvall se pose en expert. En chansons ? Textes ? Football ? Pas seulement. Vous connaissez probablement les Experts de Miami ou New York mais ceux de Bruxelles ? En vrai Zinneke, Jacques Duvall ne pouvait que les rendre quelque peu surréalistes. Sans costard et gadgets ultra-sophistiqués, le chanteur parolier s’amuse à disséquer l’âme humaine. Et ce qu’il y voit n’est pas joyeux-joyeux. Interview d’un expert en désespoir (titre de son dernier album solo). À prendre au premier, deuxième ou troisième degré.


Vous vous posez en expert en désespoir. Pourquoi vous ? Vous pensez avoir des aptitudes particulières ?
“Je dois être un peu maso sur les bords. J’ai toujours eu une petite attirance pour les filles qui ont l’air triste. Je n’écoute que des chansons tristes.”

En même temps, vous voulez montrer au monde que vous êtes triste. Il faut vous consoler ? C’est un appel à l’aide ?
“Oui, c’est une technique de drague.”

Si vous ne draguez que des filles tristes, peu de chance qu’elles emménagent chez vous avec la Macarena.
“Oui, vous venez de me coincer dans une contradiction supplémentaire. En fait, il me faut des femmes fortes, pleines de joie de vivre. Et, en même temps, les gens pleins de joie de vivre semblent un peu suspects. Je fais plus partie des gens qui essaient de tirer les autres vers le bas. Peu de choses résistent à cette force d’inertie qu’on a en nous. On n’a pas encore trouvé ce machin imparable pour être heureux.”

Dans votre carrière d’auteur (Lio, Chamfort,…), c’est l’inverse, vous n’avez pas essayé de tirer les gens vers le bas ?
“Non, mais comme je le chante, on peut désespérer mais il faut faire un peu sur le côté, être capable d’en plaisanter. C’est un aveu de faiblesse car comme tout le monde je préférerai être joyeux et bien dans ma peau. J’admets que je ne le suis pas. C’est la condition humaine. La tristesse est une chose nécessaire dans la vie, sans elle tu ne saurais pas ce que c’est la joie. Une bonne petite dépression, c’est quelque chose d’extrêmement utile. Le phénomène de la dépression est souvent comparé par les psys à la crue d’un fleuve qui, si c’est de prime abord une catastrophe, a pour effet de refertiliser le sol.”

Le premier pas vers la guérison c’est d’être conscient de sa maladie.
“Je ne vais pas faire mon coming outmais je suis un grand bouffeur d’anxiolytiques, j’ai des périodes dépressives comme, je m’en rends compte à ma grande surprise, les trois quarts de mes contemporains. On est dans une société où on ne met plus sa vie en danger. Quand ça arrive, on dit qu’on a subi un préjudice, que c’est intolérable. On est dans une vie où l’aventure n’existe plus. On est des lopettes. J’ai fait un disque de lopettes à l’intention des lopettes.”

C’est l’argument d’achat ?
“ Lopettes de tous les pays achetez ce disque. On est des millions. Ne nous complaisons pas non plus dans notre malheur. Ce disque vous fera sourire ou au moins ricaner de temps en temps. Mais il faut admettre une fois pour toutes qu’on est des lopettes. On dit qu’on est rock and roll, qu’on est des durs, des rebelles. C’est quoi être rebelle ? Fumer les mêmes clopes que James Dean et écouter du rock ? Comme toute la planète. Faut arrêter.”

Faire un album avec Benjamin Schoos (alias Miam Monster Miam), les gars de Freaksville et ses choristes, ça ne doit pas être l’expérience la plus triste de la terre…
“Non, mais Benjamin est aussi un grand bouffeur de substances chimiques et, sans vouloir, cafter, la dernière fois que j’ai fait le Jeu des Dictionnaires, une émission disons comique, j’étais stupéfait qu’avant de commencer l’émission, tout le monde bouffait une petite pilule ou se faisait une petite injection. On en est tous là. J’ai beaucoup d’amis qui me semblaient des personnes fortes, équilibrées, indestructibles et qui en fait sont bourrés de petites pilules de toutes les couleurs. C’est le mal de l’homme moderne.”

Le thème de l’album s’est imposé par lui-même ?
“Je crois que j’ai très rarement écrit des chansons disons conviviales. Même mes grands hits populaires, mes trucs pour Lio – Les brunes comptent pour des prunes, Fallait pas commencer, Je casse tout ce que je touche. Celle-ci en est l’illustration. Elle est sur mon premier album en 83, Lio l’a reprise deux ou trois ans plus tard. Sur mon disque, on m’a dit que c’était trop noir, que même Leonard Cohen c’était Chantal Goya à côté. Quand Lio l’a chantée on m’a demandé comment je pouvais faire de la variete aussi plate et insipide. Une même chanson interprétée sur un air morne par un type qui ne sait pas chanter ressemble à un mode d’emploi pour le suicide et quand elle est chantée par une gonzesse qui a un minimum de peps ressemble à une ode à la joie de vivre. Mais c’est vrai dans mon écriture, j’ai rarement chanté l’optimisme.”

Vous n’avez pas besoin de faire un album pour gagner votre croûte, c’est plus vital que ça…
“Exact. J’ai ma carrière derrière moi. J’ai déjà réalisé des choses, j’ai écrit un gros tube, Banana Split, la radio étant aussi conservatrice qu’on le sait et qu’elle va se limiter à passer des tubes, mes vieux rogatons des années 80 continueront à passer et j’aurais ma tartine sans problème tous les jours. Je ne dois pas me battre pour ma peau.”

En même temps, vous commentez le foot à la radio. Je ne vous y retrouve pas.
“Je vais vous avouer une chose, tout ce que je viens de te dire est le prix d’un long brainstorming. C’est du marketting. La réalité: j’ai écrit Expert en désespoir en une journée le lendemain de la défaite 5-1 d’Anderlecht au Standard. Ce jour-là m’a fait tomber en dépression. L’état du monde je m’en fous.”

Interview Basile Vellut

Jacques Duvall, Expert en désespoir (Freaksville)

09:07 Publié dans Belgique | Lien permanent | Commentaires (0)

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