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14/02/2011

Paris Suit Yourself : un ovni musical

paris.jpgC’est, peut-être, en entendant la plage 6 (Brainwashed) de My Main Shitstain, le premier album de Paris Suit Yourself, que les interrogations sur les origines du groupe deviennent de plus en plus évidentes. Avec une intro très africaine, un titre comme Craig Machinsky où le chanteur répète cause my skin is black, une ritournelle antiraciste, l’arrivée de ce titre dans un mix d’anglais et de français déstabilise.


Surtout qu’on a l’impression que le chanteur se prend pour Brigitte Fontaine et se lance dans une diatribe qu’on pensait être l’apanage de la seule septuagénaire. Mais sur cette galette, les titres partent véritablement dans tous les sens. “Le noyau dur du groupe vient de Bordeaux : le guitariste, le chanteur et moi-même, révèle Marie. Mais on s’est rencontrés à Paris à la moitié de la vingtaine. Et le batteur est new-yorkais, rencontré par hasard au détour d’une rue. Et, si moi je suis resté à Paris, les autres sont partis s’installer à Berlin.”

Un métissage qui explique peut-être pourquoi ce disque est inclassable. Avec un chanteur qui a une voix qui ressemble à celle de Tunde Adebimpe (TV on the Radio) ou à celle d’Art Mengo et des univers où rock et cabaret s’entremêlent parfois, Paris Suit Yourself est un petit ovni dans le paysage musical. “Ce n’est pas du tout maîtrisé” , se marre Marie, la seule fille du groupe. “Notre musique peut partir où ça veut. C’est comme ça qu’on joue et qu’on aime faire. Quand on a commencé à faire de la musique à deux, avec Luvinski, on a fait des mélodies puis on a invité des gens pour finaliser et compléter le groupe dont les membres ont des manières de concevoir les choses tout à fait différentes. Séparément, par exemple, on n’écoute pas du tout la même chose. On n’a voulu brimer personne en faisant de la musique. Et ça, c’est ça qui est génial, quelqu’un va plus amener ses rythmes. Un morceau va devenir psyché ou rap, quoique le rap ce ne soit pas trop notre truc. Ou le batteur, qui vient du métal, va mettre la patate et ça va devenir violent. On se laisse surprendre par l’envie du moment.”

Un univers tellement intrigant que certains, par facilité ou manque d’idées, décrivent le groupe comme des amoureux du punk et de la musique classique, laissant une énorme place entre. “Dire que nous sommes amoureux de musique classique vient du fait que le batteur est compositeur de musique classique et de choses un peu expérimentales et qu’il a pas mal étudié le classique. Et que le guitariste a été dix ans au Conservatoire pour le piano. Donc il y a une base classique. Moi, je viens d’une famille qui écoute beaucoup de classique. Punk, je ne comprends pas trop. C’est plus dans l’attitude que dans la musique, j’imagine. On écoute à peu près tout ce qui se fait musicalement.”

Pour beaucoup d’artistes, la musique est d’abord un plaisir égoïste. Ici, cela semble évident tant Paris Suit Yourself ne rentre pas dans les carcans. “Égoïste ? Oui, c’est un peu ça, se marre Marie. C’est une musique un peu intuitive, on voit où ça mène sans trop se poser de questions. Généralement, la musique trouve un peu son chemin. Si ça touche, on la garde. C’est très peu de répétitions. On fait des sessions de travail un peu intensives. Quelqu’un lance quelque chose et les autres essayent de construire. On parle très peu de ce qu’on fait. On essaie d’agir au lieu de causer. Du coup, tout le monde prend la direction qu’il a envie sur un morceau. Et ça donne un résultat, disons, hors du commun. On n’est pas partis dans l’idée de faire ça ou ça. Mais de faire de la musique, point barre. Juste envie de jouer, classer pour classer ça ne sert à rien. On fait ce qu’on a envie de faire.”

Du reste, à la base, le groupe n’a même pas essayé de se vendre. “Cet album, on l’a enregistré il y a trois ans. On n’avait pas envie de batailler pour le sortir. C’est quelque chose qu’on avait fait pour se faire plaisir. L’ ingé-son avec qui on travaillait avait un studio à disposition, c’était donc le moment de le faire. Après, il a fait son chemin tout doucement jusqu’à Ninja Tunes. On a résisté à la tentation de le retoucher parce que, forcément, trois ans après on n’a plus les mêmes envies. Elles évoluent comme pour tout. On voulait rester honnêtes par rapport à ce qu’on avait fait. Maintenant, il va faire son petit chemin.”

Basile Vellut

Paris Suit Yourself, My Main Shitstain  (Big Dada)

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