18.07.2011
Un joli Dour de force
Clap de fin sur ce Dour Festival, vingt-troisième du nom. Une édition intense, physique, pluvieuse et apocalyptique, mais une fois de plus très réussie. De coutume, ce festival est de ceux dont on ne sort jamais indemne. Cette année, la formule sonne à l'oreille comme un doux euphémisme tant les éléments déchaînés auront fait de Dour 2011 une véritable épreuve de force. À peine quelques rayons vendredi dans l'après-midi mais certainement pas de quoi sortir l'huile d'aloé vera. Pour le reste, ce fut le déluge, les flaques, la gadoue, les gamelles acrobatiques, les semelles qui rendent l'âme, la bière diluée aux gouttes et, fort heureusement, une averse de bonnes raisons de rempiler l'année prochaine. On en aura retenues quatre. Un carré d'ingrédients qui auront fait pour nous de ce cru un breuvage délectable à s'enfiler cul-sec.
Ensuite, il y a eu Pulp. Quelques messages lumineux qui défilent pour haranguer la foule tristement disparate à l'entame du gig de la légende britpop, vendredi sur la Last Arena. Et puis, surtout, Jarvis Cocker... Fantasque, tournoyant et exubérant, le leader des Anglais est le dandy incarné. Classe, à l'instar de son violoniste vêtu d'un smoking blanc, il aura aligné les tubes de son répertoire dans la lumière des flashes – du juvénile "Do you remember the first time?" au mordant de "This is Hardcore" en passant par l'incontournable "Common People" – et offert à ce Dour l'une de ses rares parenthèses rock'n'roll cette année.
En dépit du cataclysme climatique alors en cours au-dessus de nos têtes, nous ne sommes pas prêts d'oublier l'excellente programmation du samedi. Il a d'ailleurs fallu maîtriser comme jamais l'art de la glissade et du dérapage contrôlé pour naviguer d'une scène à l'autre au gré de ce line-up mutant. Ni rap, ni rock, ni pop, ni soul, ni funk, ni reggae ou même vaguement électronique, les artistes qui nous ont ravi le troisième jour ont fait le choix de ne pas faire de choix, en bravant les frontières des genres. On a d'abord croisé un petit homme vert dans la Club-Circuit, et l'on s'est fait hypnotisé par la voix et les sauts de cabri du génial OVNI Saul Williams. Fusion des notes folktronica des Allemands The Notwist et de la verve hip hop du maître de cérémonie Dose One (Subtle, Themselves, Clouddead), le super-groupe 13&God a prolongé notre plaisir dans la Petite Maison dans la Prairie – et rendu indispensable l'écoute de leur récent second album, "Own your Ghost". Ensuite, pleinement satisfaits par ce qui s'y tramait et peu enclin à un énième bain de boue, nous n'avons plus quitté la Magic Soundsystem. Un bon Flying Lotus – sans plus – en mode trio (avec Dorian Concept et Richard Spaven) pour commencer, un Cut Chemist très pro en mode duo (aucune idée de l'identité de son complice) pour clôturer, et surtout l'inarrêtable Gaslamp Killer et ses facéties capillaires dans l'intervalle, auteur d'un set tentaculaire et éclectique à l'image du Dour Festival.
Pour terminer, dernier coup de cœur adressé au festivalier dourois qui malgré les nombreuses difficultés n'a jamais frémi et dont le sourire n'a point défailli. On en a croisé de toutes sortes: des jeunes, des vieux, des petits, des grands, des bizarres, des bruyants... Gourmands, buveurs, sportifs, dragueurs... Hurlant, chantant, dansant, glissant, peinant à contre-vents mais toujours souriants. Ici, le mélomane-campeur a la dent dure et souvent des années d'expérience. Alors, on a rusé sans peur pour déjouer les pièges. Pour l'an prochain, nouveau défi: qu'on nous amène la neige! Dour, jamais sans ma pluie...
Nicolas Capart
10:21 Publié dans Dour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note













































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