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23/08/2011

Yelle: "C'était violent et soudain, on ne peut rien contre ça"

190431130.jpgLa française est l'une des rares artistes à avoir joué cette année au Pukkelpop, juste avant le déluge. De passage à Bruxelles ce dimanche à l'occasion du BSF, la chanteuse Yelle nous a raconté comment elle et ses musiciens ont vécu le drame.

"La journée se présentait bien. On est arrivé sur le site en fin de matinée, il faisait beau, il faisait chaud... Nous étions déjà venus au Pukkelpop en 2008 et on était heureux d'être là, car on avait eu un super feeling avec ce festival. On a préparé la scène avant le show puis ça a commencé. La foule grossissait progressivement et l'ambiance était déjà bonne, et c'était pas gagné puisqu'il n'était que 14h30. Donc c'était plutôt cool. Ensuite, on a regagné les loges, on s'est douché, changé, on a grignoté un morceau et on s'est penché sur le programme. Nous pouvions rester jusqu'à la fin de cette première journée et chacun y avait entouré les noms des concerts auxquels il voulait assister. Puis on est tous parti de notre côté."


Vous étiez où quand l'orage a éclaté?

Yelle: Nous nous sommes retrouvés au Dance Hall pour le concert de Wiz Khalifa vers 17h30. Il faisait une chaleur étouffante, l'endroit était noir de monde et, moi qui suis un peu agoraphobe, je ne me sentais pas très à l'aise. On s'est installé sur scène, juste à côté de l'ingé-son, pour regarder le show. On était bien dedans, Jean-François (un musicien) filmait, puis arrive le dernier morceau, le single "Black and Yellow". On s'est rendu compte qu'il y avait une averse, mais le public ne s'en inquiètait pas encore, les bras levés pour le final... De plus en plus d'eau dégoulinait sur le toit et le vent s'engouffrait par dessous. Les boules à facettes suspendues au plafond commençaient à être très secouées, en coulisses les techniciens tentaient tant bien que mal de protéger le matériel. Puis la structure s'est mise à tanguer dangereusement et le concert s'est interrompu... Comme il n'y avait plus de son, on entendait désormais les rafales et le bruit assourdissant de la pluie. Tout était très confus. Et on a compris que quelque chose d'anormal se passait. Alors, c'est malheureux à dire, mais c'est un peu chacun pour sa gueule. Tanguy (un autre musicien) a tracé vers les loges immédiatement.

Tanguy: Pour me réfugier dans les loges, j'ai traversé des marécages et l'eau tombait tellement que je ne voyais pas pas plus loin que 50 centimètres. À un moment, j'ai hésité à faire demi-tour, me disant que j'aurais peut-être dû rester sous la tente... Car dehors, les arbres se brisaient, les grilles tombaient, de gros déchets volaient. J'avais peur de me prendre une branche sur le coin de la tête. Je me suis retrouvé trempé en quelques secondes. Les gens courraient dans tous les sens, j'ai paniqué, j'avoue.

Y: Je me suis retrouvée à l'arrière de la scène. Les gens du public rentraient backstage au compte-gouttes. La sécurité laissait tout le monde passer pour se mettre à l'abri. Moi, j'avais en tête les images de la scène qui s'était écroulé à Indianapolis quelques semaines plus tôt. Je regardais au-dessus de nos têtes, toutes ces barres de métal, ces lampes... Nous étions très exposés en cas d'écroulement. Je me suis caché dans une petite tente où se trouvait du matériel avec deux techniciens. Nous y étions plus ou moins protégés, en attendant que ça passe (...) Ça a duré quelque chose comme dix bonnes minutes, même si l'on perd un peu la notion du temps dans ce genre de situation. J'ai attendu que la pluie s'arrête complètement pour sortir le nez dehors. C'est là qu'on a découvert que la tente d'à-côté s'était écroulée. Là, on s'est dit que si celle-là n'avait pas tenu le coup, d'autres s'étaient sans doute affaissées ailleurs sur le site. C'était grave...

Quand est-ce que l'organisation s'est adressée à vous et aux autres artistes?

Y: On a retrouvé Tanguy trempé comme une soupe en coulisses en train de faire sécher son caleçon. Et les autres de l'équipe. Tout le monde était sain et sauf mais on avait pas encore d'information sur ce qui venait de se passer. À aucun moment quelqu'un de l'organisation n'a pris un mégaphone pour nous expliquer. Les infos arrivaient par bribes. On nous a annoncé 1, 2, 3, 6 puis 10 morts... Le chiffre évoluait et diminuait sans arrêt. Les sirènes d'ambulances résonnaient tout autour de nous.

Pensez-vous qu'on puisse incriminer l'organisation dans une situation comme celle-là?

T: Le Pukkelpop est un énorme festival, pas une petite foire de village. Quand tout est installé, le site est inspecté par une commission de sécurité qui donne le feu vert. Le politique donne également son aval... Tout cela est extrêmement contrôlé, vérifié étapes par étapes. Ce qui s'est passé là-bas était exceptionnel, ce n'est la faute de personne. J'ai trouvé au contraire que les organisateurs ont réagi très vite et que les secours se sont organisés en un temps record. C'était très pro.

Y: Avant de partir, on a refait un tour devant la Main Stage. Tous les festivaliers avaient des couvertures de survie, des soupes chaudes étaient servies. Je n'ai vraiment pas l'impression qu'on a laissé les gens dans la m.... La solidarité s'est immédiatement organisée. Quand un arbre s'écrase sur un stand, qui peut-on blâmer? On en a fait quelques-uns des festivals super roots avec une sécu aléatoire... Mais le Pukkelpop est sans doute le mieux organisé auquel on a participé. Ça aurait pu être encore plus dramatique. On est conscient d'avoir eu de la chance, car personne n'était en sécurité, où qu'on se trouvait. C'est arrivé de nulle part. C'était extrêmement violent et soudain. On ne peut rien contre ça.

Dimanche soir, Fadila Laanan, Ministre la Culture, annonçait la tenue d’une table ronde, dès la rentrée, sur les mesures de sécurité à prendre lors des festivals. Cette initiative devrait identifier les bonnes pratiques des différents organisateurs. 

Propos recueillis par Nicolas Capart

07:14 Publié dans Pukkelpop | Lien permanent | Commentaires (0)

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