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19/12/2011

Partons en voyage au Moyen Âge avec Laurent Voulzy

laurent.jpgAvec Lys and love , Laurent Voulzy croit décidément au pouvoir des fleurs…

De n’importe quel artiste qui n’a pas sorti un album de chansons originales depuis dix ans, on serait tenté de dire… quel flemmard ! Bizarrement, l’idée ne vient pas à l’esprit quand il s’agit de Laurent Voulzy. Peut-être parce que s’il s’est écoulé une décade depuis Avril , il n’a jamais vraiment quitté la scène, présent tantôt avec un disque de reprises (La septième vague ), tantôt avec Recollection où il revisitait ses propres titres. “J’ai aussi fait une musique de film pour Jean Becker, j’ai écrit une chanson pour le dernier album de Marianne Faithfull, une autre, avec Alain Souchon, pour l’album d’Eddy Mitchell. Et puis, j’ai fait trois tournées .” Bref, il n’a pas chômé. “Et j’ai même écrit avec Alain des chansons pour le futur. J’ai fait des trucs quand même.


On peut alors se poser la question à l’envers : quand avez-vous trouvé le temps d’écrire Lys and love ?

“J’avais une demi-musique en entrant en studio, qui est devenue, bien plus tard, quand le texte a été fait, la chanson C’était déjà toi. C’est la première fois que ça m’arrive. Parce que, au départ, je voulais faire un album électro, je m’étais dit qu’on allait partir complètement vierges pour se laisser aller en dérapage complet. Sur Recollection, il y avait un morceau – Sous la lune – qui avait été créé pratiquement en studio et je trouvais le résultat très réussi. Dès le premier jour, le bout de chanson que j’avais, je l’ai restructuré en studio, j’avais un refrain, un pont. Bref, ça allait vers quelque chose de plus traditionnel. Cela dit, je voulais rester sur mon idée de poème du Moyen Âge.”

Ça ne vous angoissait pas de n’avoir rien de concret avant de commencer ?

“Non ! Et puis, il n’y avait pas non plus une armée de gens mobilisés. Je ne me suis pas dit que je n’allais pas trouver : j’étais sûr du contraire.”

Pourquoi, parce que cette passion pour le Moyen Âge vous habitait depuis si longtemps ?

“Début octobre, l’an dernier, je n’avais pas encore cette idée en tête. C’est venu brutalement d’une discussion avec Alain. C’est lui qui m’a dit que si je faisais un album électro, ce serait joli de mettre des poèmes. J’ai trouvé ça une bonne idée, et j’ai pensé poèmes du Moyen Âge puisque c’est mon attirance depuis l’enfance. Depuis que j’ai 10 ans, à peu près. Évidemment, dans son goût, on évolue.”

Vous avez commencé par le château fort ?

“Bien sûr, et les petits soldats. Après, j’ai regardé de petites gravures dans les livres d’histoire de ma mère. Puis je me suis intéressé aux batailles, aux rois, à Jeanne d’Arc… À 15 ou 16 ans, je commençais à lire des textes illisibles !”

Qu’est-ce qui vous attirait, si vous ne compreniez rien ?

“J’étais au paroxysme d’un romantisme médiéval… Jusqu’à lire des textes dans un français ancien, auxquels je ne comprenais rien, mais qui me faisaient partir. Ensuite, je me suis intéressé aux cathédrales, aux châteaux cathares, aux croisades, à la musique.”

Musicalement, pourtant, ce n’est pas une époque que l’on connaît bien !

“C’est vrai. Pourtant, c’est magnifique les polyphonies, les chants a cappella. Les gens connaissent tous le grégorien et ça, c’est typique du Moyen Âge. Mais il y a aussi de très jolies harmonies.”

Comment avez-vous fait pour mélanger des textes et des mélodies écrites par vous et Souchon et des textes du Moyen Âge ? Il fallait une cohérence dans tout ça…

“Il y a un seul texte qui a été écrit par Charles d’Orléans, au début des années 1400. C’est Ma seule amour. J’ai pris le texte et j’ai cherché une musique dessus. À part ça, il n’y a aucune difficulté, en fait. Je fais une musique du 21e siècle, j’ai sous la main tous les instruments acoustiques qui existent mais aussi toute la panoplie de sons virtuels et électroniques. Tout l’album est un mélange.”

Et au niveau des textes ? Il fallait l’intégrer dans une histoire…

“En fait, ça commence comme une histoire, mais ce n’en est pas une. Il y a une première histoire, qui est Jeanne, qui se compose de deux morceaux : Le tableau, où je suis épris d’une fille qui est un tableau. Tout amour est impossible puisqu’elle vit en 1400 et moi en 2010. Ensuite, il y a donc la déclaration d’amour. Pour le reste, les morceaux sont indépendants les uns des autres, mais le fil conducteur, c’est le Moyen Âge, tout tourne autour de ça. Et aussi de la France et de l’Angleterre. À la fin, je me suis aperçu que toutes les chansons parlent d’amour.”

La France et l’Angleterre sont vos deux pays. Vous n’auriez pas pu écrire tout ça avant de vivre des deux côtés de la Manche ?

“Je me suis toujours senti un peu Anglais à cause de mon attirance pour la musique anglaise que je trouve magnifique. J’aime aussi la musique traditionnelle française, brésilienne, classique. Mais la pop m’a beaucoup marqué. Depuis six ans, je vis là-bas à mi-temps – la semaine, quand j’enregistre, je suis souvent à Paris. Donc, je trouvais ça évident qu’il y ait des chansons qui parlent de la France et de l’Angleterre. Peut-être que c’est parti de cette phrase d’un poème de Charles d’Orléans, En regardant vers le pays de France. Il a la mélancolie de son pays. Moi, je me sers de cette phrase pour dire que je suis prisonnier volontaire, par amour. Depuis que je suis en Angleterre, j’aime de plus en plus ce pays. Mais j’aime aussi de plus en plus la France.”

Votre maison de disques n’a pas été trop dubitative quand vous êtes arrivé avec ce projet ?

“Ça peut faire peur, c’est vrai. En gros, je n’ai jamais eu de problème avec les maisons de disques, mais je sais – même s’ils ne me l’ont pas dit – qu’au départ, avant d’avoir rien entendu, ils étaient très légèrement perplexes. Ils ont été, je crois, assez vite rassurés, parce que, au bout de six mois, je leur ai fait écouter des morceaux normaux, avec des durées et des structures normales. Ils se demandaient où je les emmenais… Je ne me suis jamais vraiment rendu compte que ça pouvait être déroutant, moi !”

Interview > Isabelle Monnart

Laurent Voulzy, Lys and love , Sony

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