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05/03/2012

Voir Vannier, être émerveillé

783585579.jpgSamedi soir au 210, Jean-Claude Vannier nous enchantait de ses bruits de jouets. S'il est des musiciens que l'on identifie d'un bref coup d'œil en coin, habitués de les voir squatter les lucarnes cathodiques, s'afficher sur les murs des cités ou fouler les carpettes écarlates, d'autres comme Jean-Claude Vannier peuvent encore draper leur talent et CV dans un anonymat physique douillet. Celui-ci a su à la fois faire des notes son gagne-pain et se préserver des feux de la rampe, laissant aux vedettes à qui il a prêté sa plume le soin d'éviter les paillettes et d'esquiver les flashes, leur préférant la quiétude de son jardin et les plaisirs simples de la vie. Le rouge, les femmes, la musique et la vie. Pour les interviews, demandez Gainsbourg...


Mais on ne garde qu'un temps un si joli secret, et au fil des années la mèche est éventée. Fin 2011, la maison mancunienne Twisted Nerve, foyer d'Andy Votel, édite un nouvel opus de Vannier, "Roses Rouge Sang" et ses parures de cordes MelodyNelsoniennes. De réédition à discrètes représentations, le sieur JC retrouve ainsi les planches et une – toute relative – popularité. Samedi, c'est à Bruxelles, chaussée St-Pierre, qu'il débarquait.

Peu après 21h, l'hôte Vannier entre en scène au milieu de ses jouets, guitare, accordéon, percus, métronome et synthé... Dandy débraillé à la cravate mal nouée, vaguement vieille France. Veston noir, col blanc, mèche grise, pas hésitants, chat dans la gorge, fleur au plastron. Un bouquet de roses blanches aussi, posé sur le piano. Une fois n'est pas coutume, nous commencerons par les bis, évitant du même coup "cette hypocrisie du rappel", lance le cynique élégant avant de préciser: "Oh, pas des morceaux sortis de la poubelle, juste des chansons pestiférées..." Pas que nous en doutions, que du contraire, pour avoir promené nos tympans peu au faîte au fil des anecdotes pianotées du double classique "En Public/Fait Maison". On y trouve folie et poésie, émotion, déraison et cette diction blasée-distinguée que cultivent aujourd'hui certains petits nouveaux, Bertrand Belin en tête. Le timbre de William Sheller n'est pas loin lui non plus, sitôt que le chanteur arpente les aigus, pas plus d'ailleurs que son goût prononcé pour les anecdotes. Point trop bavard mais pertinent.

On en apprend ainsi sur les histoires de cul ("Une Histoire Vécue"), les rengaines du dimanche ("Chanson de la Pluie"), les producteurs obsédés ("Divas Divines"), la Tchéco-Slovaquie d'avant la chute du mur et les lendemains de veille difficiles de Zaza ("Mon Beau Travelo"). On passe des "Coups de poing dans la gueule" au coups de pied dans la guitare, agrémentés de flute magique à défaut d'être enchantée. Vannier s'amuse dans sa cour de récré. Puis il se réapproprie les classiques du grand Serge et de Michel Jonasz ("Ballade de Melody Nelson" et "Supernana"), avant de livrer une version précieuse de "Ah Melody" sur son piano d'enfant. Reste à balancer "Une Femme à la Mer" sur des remous jazzy, des plans sur la planète au rythme de la derbouka et pourquoi pas un tube, Papa...

Après "Reviens public, je m'aime", Jean-Claude Vannier feint de partir puis reviens pour nous dire: "Avant, j'étais à votre place, maintenant je suis ici. On voit mieux, mais il faut réserver longtemps à l'avance. Je n'ai plus de morceaux à jouer, c'est maintenant terminé... "

Nicolas Capart

13:31 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (0)

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