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27/03/2012

Puissant et fragile à la fois

dasilva.jpgDa Silva voulait signer un nouvel album, pas un 4e album. Il y a mis de La distance. “Moi j’écris, je ne m’en rends pas bien compte. J’essaie de faire une musique qui me touche, d’écrire des textes qui semblent faire écho chez moi. Si c’est le cas aussi chez les autres, tant mieux…” Emmanuel Da Silva a le talent modeste. Car sur son dernier album, La distance, il n’y a rien à jeter. Au contraire : tout à conserver précieusement, pour les jours de grand soleil ou pour les petits matins blêmes. Il y a du désespoir, caché entre les lignes, des larmes ravalées dans des phrases anodines. “Et l’amour que tu me portais a cédé sa place à une triste tendresse qui ne laisse aucun espoir.” Beau à pleurer.


Qu’est-ce que ça représente comme travail, d’aboutir à ces mots-là ?

“C’est ce qui a changé entre mes albums précédents et celui-là. J’ai voulu essayer de trouver les mots justes, précis, ciselés. Cette expression, Triste tendresse, ce n’est pas la haine, ce n’est pas l’indifférence, c’est un autre cap… Les mots justes, au bon endroit, vont éclairer toute la chanson.”

L’écriture, c’est un travail solitaire ou vous faites lire en cours de route ?

“Ça se fait seul. On doit se mettre d’accord avec soi-même d’abord. Il faut trouver un sens à tout ça. Donner du sens, c’est facile… a posteriori. Mais pour pouvoir porter des chansons en concert, il faut, au minimum, savoir pourquoi on les a écrites.”

Le premier single de votre dernier album était plutôt joyeux et enlevé, musicalement. Sur celui-ci, Les stations balnéaires, c’est pareil…

“J’aime bien jouer sur les deux tableaux. Ce sont de faux amis. On écoute, on se dit que ça a l’air heureux, ce que je raconte. Mais le fond de la toile, il est souvent plutôt noir.”

Ce titre raconte l’histoire d’un mec qui en a marre de faire semblant. C’est ou ça a été votre cas ?

“Ah oui, bien sûr. Sinon, je ne l’aurais pas écrit. Les stations balnéaires ou Les concessions, ce sont des textes importants dans l’album. Je le dis sans fausse modestie : c’est un disque plutôt courageux. Je suis allé chercher de nouveaux sons, de nouveaux musiciens. J’ai cherché une autre émotion : un disque puissant, massif, mais fragile.”

Chaque album est une manière de creuser un sillon. Quel était-il, cette fois ?

“C’est carrément une histoire, cet album… J’ai mis deux ans pour le composer. J’ai attendu que la vie reprenne un peu le dessus. J’étais tout le temps en tournée. J’avais envie de rentrer chez moi, de me poser. Une fois que le quotidien est réapparu, il m’a semblé évident de parler de choses moins abstraites. Parce que l’époque veut ça. C’est aussi une époque qui m’a permis d’écrire ma première chanson d’amour heureuse : La crise. Un titre qui parle de sexe, de plaisir, d’alcool. Plutôt cool.”

Vous aviez écrit, il y a quelques années, le très bel album d’Elsa. Vous avez encore du temps pour travailler pour les autres ?

“Le public est passé bien à côté, de cet album, d’ailleurs… Je le fais encore, de temps en temps, mais là, cet album m’a demandé beaucoup de boulot. C’est un travail intéressant, cela dit. Et je suis toujours un peu flatté qu’on me demande un texte. Mais c’est compliqué parce qu’il faut savoir ce qu’on pourra leur faire dire, chanter, quelle mélodie la personne peut porter, ne pas porter. On ne sort pas une chanson du tiroir, comme ça… Mais il y a quand même pas mal de jours, dans une année !”

Et maintenant, prêt pour la tournée ?

“Complètement. Je suis très impatient de repartir sur la route…”

 

Interview > Isabelle Monnart

Da Silva, La distance, Pias. Le 28/03 au Botanique à Bruxelles

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