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02/04/2012

Changement de monde, pas d’univers

dionysos.jpgDionysos, avec Bird’N’roll, bouleverse, notamment, son agenda “Si tout va bien, fin 2010, début 2011, on aura un beau film d’animation.” Cette tirade, Mathias Malzieu nous l’avait sortie en août 2008, lui qui était encore plongé avec le couple Besson dans l’écriture de l’adaptation cinématographique de son livre et de l’album qui le complète. Quatre ans plus tard, le film n’a été projeté dans aucune salle obscure. De quoi pousser le groupe à bousculer son agenda et à sortir un nouvel album – Bird’N’Roll – avant que le film ne soit fini.


“Il y a eu quelques aléas”, admet Mathias Malzieu, le chanteur. “C’est au niveau de la fabrication que ça a coincé. Le producteur est toujours derrière nous mais le studio a déposé le bilan avec nos éléments. On a perdu un an pour tout récupérer. Ce fut flippant mais, en même temps, c’est le jeu. Ça fait partie de l’apprentissage. C’est des projets pas évidents à mener mais on est toujours dans la bagarre.”

Et le petit gabarit sait se battre, lui qui a la tête toujours enferrée entre plusieurs projets. Attrapé à la gare du Midi (il venait défendre son quatrième bouquin à la Foire du livre) entre deux rendez-vous, le Français s’est… livré, lui qui sort avec Dionysos un nouvel album rock où fifties et sixties croisent le surf garage en mettant en scène l’improbable Cloudman ou Michel Platini sur fond d’une danse salvatrice (le bird’n’roll). Des personnages barrés, tripés qui n’ont pas eu besoin, comme sur La Mécanique du cœur, de Jean Rochefort, Olivia Ruiz, Eric Cantona ou Arthur H pour s’exprimer...

Vous êtes surbooké…

“Oui. Mais ce sont de jolis problèmes. Je ne vais pas m’en plaindre. Une espèce d’embouteillage de rêves. Certains mettent longtemps à éclore. Et là, ils explosent au même moment. Du coup, c’est logistiquement compliqué mais c’est surtout de l’aventure. J’essaie de me débrouiller sans me plaindre. Surtout sans me plaindre.”

Vous avez un petit côté workaholic…“Un petit peu. Plus on réalise des rêves, plus ça rend boulimique d’en réaliser d’autres. Je n’aurais jamais pu imaginer une seconde qu’un jour j’allais pouvoir faire des disques puis faire des concerts avec le groupe qui va avoir vingt ans l’année prochaine, faire des livres, maintenant un film. Et pouvoir, comme disait Brel, travailler à son rêve au jour le jour. C’est un privilège de dingue qui ne se galvaude pas. Quand on donne des tribunes pareilles pour s’exprimer, pour travailler, c’est clair qu’on a tendance à en mettre deux fois plus. Après il faut trouver l’équilibre.”

Quand vous devez vous présenter à une éventuelle douane, vous vous définissez comme un musicien, un chanteur, un réalisateur, un écrivain, un artiste ?

“Le truc qui me va le mieux, c’est artisan. Pas artiste. Je ne suis pas un intellectuel. Que ce soit avec le groupe ou dans mes livres, je suis plus dans la sensation physique, l’instinctif, le ludique. Ce qui ne m’empêche pas d’essayer d’atteindre une certaine profondeur. C’est filtré par le cerveau mais ça vient plus du ventre et du jeu que de quelque chose de trop cérébral.”

Un artisan va produire de petites pièces, pas manufacturées. Dionysos, ça se vend bien, les bouquins, ça se vend bien. Un film, même pas fini, c’est déjà quelque chose avec un gros budget… “Je suis d’accord, mais l’esprit c’est toujours un rapport à la miniature, au fait main, au palpable, à l’organique. Dans ce sens-là, je me sens plus dans l’esprit d’un artisan avec le groupe comme avec mes travaux à côté. Plus qu’un artiste industrialisé. Tant qu’on peut garder l’esprit, ça va. Si le fait d’en avoir beaucoup venait à écraser le rêve d’origine, là je deviendrais un fonctionnaire du rock, j’aurais tout perdu, je serais à côté de la plaque. Tant que je peux travailler en liberté, que je peux faire avec le groupe les disques dont on a envie, les pochettes, les clips dont on a envie, raconter l’histoire dont on a envie et la présenter comme on veut avec notre degré d’erreur, d’imperfections, de ratés mais d’aventures, la stimulation continuera.”

Entre la réalisation d’un film avec toute une équipe, les répétitions avec un groupe, l’écriture d’un bouquin en solo, vous changez de monde mais pas spécialement d’univers.

“C’est exactement ça.”

C’est perturbant de changer de méthode de travail ?

“C’est extrêmement enrichissant de devoir s’adapter artistiquement et socialement à différents projets. C’est super agréable d’être avec le groupe, de profiter de cette énergie et de ce côté colonie de vacances un peu folle même si c’est beaucoup de travail, c’est les copains qui partent en camion ensemble. C’est toujours ça. On n’a pas perdu cette dimension. En même temps, j’aime rentrer chez moi. Être juste avec mon ordinateur et travailler au calme. Quand je l’ai trop fait, j’ai besoin à nouveau du groupe. C’est une sorte d’équilibre un peu fou et addictif et ça me convient pour l’instant. Je ne sais pas ce que je deviendrai et ce que chaque membre du groupe deviendra en vieillissant. Cela va faire vingt ans, ça fait vingt ans que ça nous fait marrer. Il n’y a pas que moi qui ai des projets, Babet fait ses albums solos – elle vient de jouer Wendy de Peter Pan dans une pièce d’Irina Brook. Le batteur et le guitariste ont un projet qui s’appelle Corleone et qui tourne. C’est un bordel sans nom logistiquement pour se retrouver après. Dionysos est plus un collectif qu’un groupe. Un peu comme dEUS avec des projets parallèles. Je ne les connais pas assez pour dire que c’est le même état d’esprit.”

Malzieu ou Barman, comme vous point d’ancrage ?

“Oui, sauf que nous on a gardé les mêmes éléments depuis le début. Il y a les additionnels qui arrivent. Le groupe est d’origine et même les techniciens sont les mêmes. Une urgence de faire un album pas fait dans l’urgence. On a fait tellement de choses que les gens ont l’impression qu’on s’est arrêtés. En fait on n’a pas arrêté. On a bossé sur la bande originale du film, on a fait une tournée artistique. Une compil de vieux morceaux avec eat music. Un nouvel album, c’est vrai cela fait trois ans et demi.”

 

Interview > Basile Vellut
Dionysos, Bird’N’roll (Universal)

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